Méthode

Entrée de mar, 19 mar 2019 – 09:23

Comment la FSCi a-t-elle connaissance des incidents ?

  • Service de recensement : La FSCI a un service auquel des incidents antisémites dont on a été victime ou témoin peuvent être signalés via un formulaire de contact, par téléphone ou par un courriel. Ces incidents peuvent être des voies de fait et des insultes, des graffitis, des lettres et des nouvelles ou des posts et des commentaires repérés sur Internet ou les réseaux sociaux. La FSCI prend ensuite des contacts et effectue des recherches pour vérifier si l’incident a pu se passer tel qu’il a été décrit et s’il est réellement de nature antisémite. Le cas échéant, elle s’assure aussi de la crédibilité des témoins et des personnes impliquées. Ce n’est qu’une fois ces points vérifiés que l’occurrence est portée sur la liste des incidents antisémites de l’année concernée.
  • Monitorage des médias : La FSCI fait aussi un monitorage des médias et recense ainsi des incidents antisémites dont ont parlé les médias.
  • Recherches sur Internet : Sur Internet, sur les réseaux sociaux ainsi que dans les colonnes de commentaires des journaux en ligne, la FSCI effectue des recherches conduisant à repérer des incidents antisémites. L’ampleur d’Internet est telle qu’il est impossible de monitorer systématiquement la totalité des plateformes de réseaux sociaux et des sites qui s’y trouvent en espérant recenser l’ensemble des incidents. De la constance de l’observation effectuée sur une certaine durée, il est néanmoins possible d’évaluer les déclencheurs des incidents (voir ci-dessous), l’état d’esprit général et notamment de leurs auteurs et les narrations dont ils usent typiquement pour alimenter les propos antisémites.

Délimitation géographique

Dans ce rapport sont recensés des incidents antisémites qui se sont produits en 2018 en Suisse alémanique. Ceux de la Suisse romande sont répertoriés par la « Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation » (CICAD). Les incidents mentionnés dans le rapport se sont obligatoirement produits en Suisse ou y ont déployé leurs effets. S’agissant d’Internet, sont recensés les cas dans lesquels l’auteur ou le destinataire d’un post est domicilié en Suisse ainsi que ceux où l’exploitant du site est une organisation suisse.

Signalement

La grande difficulté à laquelle se heurte tout rapport sur l’antisémitisme est que seuls les cas signalés ou dont on a eu connaissance par d’autres voies peuvent être répertoriés. Comme pour d’autres pays, il faut sans doute admettre qu’en Suisse également, il existe un nombre élevé de cas n’ayant fait l’objet ni d’un signalement ni d’une plainte pénale. Cela peut tenir à diverses raisons : parfois la victime estime qu’il ne lui servira à rien de signaler la chose ou de déposer plainte, parfois l’auteur est un collègue ou un camarade de classe et la victime ne veut pas envenimer une situation personnelle déjà détériorée.

Ainsi l’antisémitisme à l’école ou sur les terrains de sport, que l’on tolère souvent sans que quiconque n’intervienne ou n’alerte un service spécialisé, font partie de ces cas inconnus. Venant de jeunes élèves, ce sont souvent des insultes ou des propos entendus ici ou là, qu’ils répètent sans encore connaître le contexte historique ou être capables de le comprendre. Les directions d’école de même que les autres personnes concernées trouveront auprès de la FSCI et de la GRA des interlocuteurs parfaitement disposées à proposer des conciliations et à chercher des solutions.

Le nombre des incidents non signalés est très difficile à évaluer. D’où les efforts que fait la FSCI pour inciter les membres de la communauté juive à lui signaler les actes antisémites, de façon à pouvoir se faire une idée plus précise de leur nombre effectif. En 2018 ont été publiées dans les médias pertinents des annonces attirant l’attention sur le service de la FSCI, ceci dans l’espoir de faire reculer dans les années à venir le nombre de cas inconnus.

Les définitions : antisémitisme, antisionisme, critique de l’État d’Israël

Antisémitisme

La FSCI reprend la définition de l’antisémitisme ainsi que les exemples qu’en donne l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (International Holocaust Remembrance Alliance IHRA), que reconnaissent également la plupart des États européens et des organisations juives d’Europe : « L’antisémitisme est une certaine perception des juifs qui peut se manifester par une haine à leur égard. Les manifestations rhétoriques et physiques de l’antisémitisme visent des individus juifs ou non et/ou leurs biens, des institutions communautaires et des lieux de culte. »

Exemples explicatifs :

  • l’appel au meurtre ou à l’agression de juifs, la participation à ces agissements ou leur justification au nom d’une idéologie radicale ou d’une vision extrémiste de la religion ;
  • la production d’affirmations fallacieuses, déshumanisantes, diabolisantes ou stéréotypées sur les juifs ou le pouvoir des juifs en tant que collectif comme notamment, mais pas uniquement, le mythe d’un complot juif ou d’un contrôle des médias, de l’économie, des pouvoirs publics ou d’autres institutions par les juifs ;
  • le reproche fait au peuple juif dans son ensemble d’être responsable d’actes, réels ou imaginaires, commis par un seul individu ou groupe juif, ou même d’actes commis par des personnes non juives ;
  • la négation des faits, de l’ampleur, des procédés (comme les chambres à gaz) ou du caractère intentionnel du génocide du peuple juif perpétré par l’Allemagne nationale-socialiste et ses soutiens et complices pendant la Seconde Guerre mondiale (l’Holocauste) ;
  • le reproche fait au peuple juif ou à l’État d’Israël d’avoir inventé ou d’exagérer l’Holocauste ;
  • le reproche fait aux citoyens juifs de servir davantage Israël ou les priorités supposés des juifs à l’échelle mondiale que les intérêts de leur propre pays ;
  • le refus du droit à l’autodétermination des juifs, en affirmant par exemple que l’existence de l’État d’Israël est le fruit d’une entreprise raciste ;
  • le traitement inégalitaire de l’État d’Israël, à qui l’on demande d’adopter des comportements qui ne sont ni attendus ni exigés de tout autre État démocratique ;
  • l’utilisation de symboles et d’images associés à l’antisémitisme traditionnel (comme l’affirmation selon laquelle les juifs auraient tué Jésus ou pratiqueraient des sacrifices humains) pour caractériser les juifs et les Israéliens ;
  • l’établissement de comparaisons entre la politique israélienne contemporaine et celle des nazis ;
  • l’idée selon laquelle les juifs seraient collectivement responsables des actions de l’État d’Israël.

Pour ce rapport, des symboles nationaux-socialistes tels que la croix gammée ou les runes SS sont considérés comme antisémites seulement si leur utilisation fait directement ou indirectement référence aux juifs ou à des institutions juives. C’est le cas si, par exemple, ils sont appliqués directement sur des murs de synagogue ou des bâtiments abritant des institutions juives ou s’ils peuvent être interprétés comme antijuifs du fait de leur voisinage avec des symboles juifs ou (indirectement) de leur contexte.

Critique de l’État d’Israël

La critique de l’État d’Israël ou de sa politique n’est pas antisémite
si elle est traitée comme l’est la critique à tout autre État.
Elle l’est, en revanche, dès lors…

  • qu’on utilise deux poids deux mesures et qu’on exige d’Israël un comportement qui n’est ni attendu ni requis d’aucun autre pays démocratique ;
  • qu’« Israéliens » et « juifs » sont pris comme des termes interchangeables ;
  • que sont utilisés des symboles et des images associés à l’antisémitisme classique (p. ex. l’affirmation que les juifs ont tué Jésus ou les meurtres rituels) pour caractériser Israël et les Israéliens ;
  • que la politique actuelle d’Israël est comparée à la politique du Troisième Reich.

Antisionisme
On entend par antisionisme le rejet du mouvement national juif (sionisme) et le refus de reconnaître Israël comme État-nation juif. Les motifs et les raisons des antisionistes sont multiples et ne relèvent pas de partis ou d’idéologies spécifiques. Refuser l’idéologie sioniste n’est pas un acte antisémite en soi. Le fait est cependant que l’antisionisme est souvent une forme d’antisémitisme qui ne dit pas son nom. Parler d’une « presse sous contrôle sioniste » rend par exemple l’antisémitisme beaucoup moins palpable que « presse contrôlée par les juifs ». Dire « Je n’ai rien contre les juifs, mais je déteste les sionistes » est de la même veine et remplit la même fonction. Tant que sont appliqués aux « sionistes » les stéréotypes antisémites classiques réservés aux juifs, il est relativement facile de démasquer la supercherie. Nombreux sont toutefois les cas où il est nécessaire de déterminer avec soin si, oui ou non, des affirmations relèvent de l’antisémitisme. Et cela sera d’autant plus facile que la personne en question a déjà tenu par le passé des propos manifestement antisémites.

Incidents, cas limites et leurs catégories

Répartition des signalements reçus ou du matériel recherché :

  • Incidents : cas manifestes d’antisémitisme ;
  • Cas limites : occurrences ne permettant pas de déterminer avec certitude si elles relèvent ou non de l’antisémitisme ;
  • Cas sans lien avec l’antisémitisme et donc non comptabilisés dans la statistique.

Les incidents sont classés selon les catégories de contenu suivantes :

  • Antisémitisme général : Il s’agit en l’occurrence des stéréotypes antisémites classiques, du genre les juifs sont avares, les juifs dominent la banque et les médias ou le judaïsme est la religion du diable ;
  • Négation et banalisation de la Shoah : Dans cette catégorie entrent la négation de la Shoah (Holocauste) ainsi que sa banalisation et le fait de la réduire à un phénomène insignifiant ;
  • Antisémitisme en rapport avec Israël : Forme d’antisémitisme établissant un lien avec l’État hébreu (cf. chapitre précédent « Critique de l’État d’Israël ») ;
  • Théories du complot antisémites contemporaines : Dans cette catégorie entrent les théories complotistes allant audelà du classique « les juifs dominent le monde » et s’étant développées avec une véhémence particulière ces derniers temps. Exemple : « La famille Rothschild et l’homme d’affaires George Soros portent la responsabilité de l’afflux de réfugiés visant à une transformation ethnique de l’Europe ainsi qu’à l’établissement en son sein d’une ‹ race métissée négroïde › à la botte des magnats juifs de la finance. » ou « Israël a créé l’État islamique pour déstabiliser le Proche- Orient et accélérer la formation d’un Grand Israël s’étendant du Nil à L’Euphrat. ».

À ces catégories s’ajoutent celles concernant la forme de l’incident (dites catégories de forme) : Voies de fait, insultes, propos, postures, déprédations, graffitis, affiches/banderoles et caricatures.

  • Voies de fait : Violences à l’encontre de juifs ou de personnes prises pour des juifs, perpétrées pour des motifs antisémites.
  • Insultes : Insultes antisémites adressées à des juifs ou des personnes prises pour des juifs. Exemples : « sale juif », « va te faire gazer » ou « dommage que Hitler t’ait raté ».
  • Propos : Propos à contenu antisémite n’ayant pas été adressés directement à une personne déterminée.
  • Postures : Affichage public d’idées antisémites, par exemple dans le cadre de manifestations, ou salut hitlérien adressé à des personnes juives.
  • Déprédations : Dégâts occasionnés à des synagogues, à des institutions juives, à des cimetières juifs ou à des commerces tenus par des juifs, dont il est évident qu’ils ont été commis pour des motifs antisémites.
  • Graffitis : Griffonnages et autocollants de contenuclairement antisémite.
  • Affiches/banderoles : Affiches et banderoles déployées dans l’espace public, dont le contenu est clairement antisémite.
  • Caricatures : Caricatures inspirées de stéréotypes antisémites rappelant souvent par leur style les caricatures antisémites de la première moitié du XXe siècle.

Pour certaines catégories de forme (insultes, propos et caricatures) sont créés, en plus, des sous-groupes-actes, envois ou cas en ligne.

  • Actes : Tout ce qui est en interaction avec des personnes ou des choses.
  • Envois : Tout ce qui est envoyé à quelqu’un, à savoir lettres, colis, e-mails, SMS, etc.
  • En ligne : Tout ce qui se trouve dans l’espace numérique/ Internet, à savoir tout ce qui a été relevé sur des sites Internet, dans les colonnes de commentaires des journaux en ligne et sur des réseaux sociaux tels que Facebook et Twitter ou Jodel.

Un incident ne peut appartenir qu’à une seule catégorie de forme. Toute double entrée est donc exclue. Un incident pouvant relever de plusieurs catégories est toujours attribué à la plus grave des catégories entrant en ligne de compte. Les déprédations l’emportent par exemple sur les graffitis et les voies de fait sur les insultes.

Exemples explicatifs relatifs aux catégories de forme :

Voies de fait :
Un samedi soir vers 22 heures, un homme reconnaissable comme juif est pris à partie par un passant, non juif, devant un immeuble du 3e arrondissement de Zurich. Ce passant dévisage plusieurs enfants juifs se trouvant sur une place de jeu. Plus tard, le juif quitte l’immeuble accompagné de trois connaissances juives. Le passant avec lequel a eu lieu peu avant l’altercation se met alors à courir après eux, un couteau à la main, en proférant des insultes antisémites. Interpellé par un témoin de l’altercation, il sera arrêté plus tard par la police.

Insultes :
• Un homme, reconnaissable comme juif, et son fils sont insultés alors qu’ils se rendent à la synagogue. L’auteur des insultes les suit et leur lance, entre autres, les propos suivants : « Je vais vous ouvrir la gorge à tous les deux ».
• À Brugg, une personne dit à une autre qu’elle va la gazer et que tous les hommes « blond foncé » devraient être déportés à Auschwitz dans des wagons marchandises.

Propos :
• Dans un groupe de propriétaires de chiens qui se retrouvent régulièrement, une personne tient plusieurs fois de suite des propos antisémites. Échantillons :
– « les juifs recommencent à la ramener » ;
– « ça, c’est les juifs tout craché » ;
– « les juifs, qui veulent rallumer une guerre » ;
• Au sujet de l’article du Blick du 13 mars « Deux ans de tôle pour le néonazi Kevin G. (30) » ont été postés sur la page Facebook du journal les commentaires suivants : « Je ne suis vraiment pas pour l’extrême droite, mais 2 ans de tôle alors que les pédophiles s’en tirent avec quelques mois. On voit bien qui mène le monde.Haut : Je ne suis vraiment pas pour l’extrême droite, mais 2 ans de tôle alors que les pédophiles s’en tirent avec quelques mois. On voit bien qui mène le monde.» « On sait que les juifs mènent le monde. Ce qui m’agace n’est pas la peine en soi mais la proportionnalité des peines. »

Postures :
Au carnaval de Bâle, le Parti nationaliste suisse PNS a défilé dans des costumes diffamatoires. Le PNS a participé au cortège de carnaval en tant que groupe non officiel. Il avait comme sujet l’imposture d’une conjuration mondiale judéo-maçonnique.

Déprédations :
(Exemple antérieur, aucune déprédation n’ayant été signalée en 2018). Un inconnu enfonce les vitres de verre de la porte d’entrée d’une synagogue du nord-ouest de la Suisse et s’écrie : « Sortez de là, salopards de juifs ! »

Graffitis :
En octobre, un bailleur découvre après le déménagement d’un locataire des graffitis sur les parois et les portes de l’appartement (insultes, croix gammée, dessin d’un petit bonhomme ressemblant à Hitler, qui tire sur un petit bonhomme juif) et une croix gammée confectionnée avec du scotch.

Affiches/banderoles :
(Exemple de 2017, ni affiches ni banderoles n’ayant été signalées en 2018.) Placardage sur plusieurs ponts autoroutiers de l’A3, entre Reichenburg (SZ) et Richterswil (ZH) de banderoles montrant des croix gammées et des inscriptions disant « I love Hitler » et « Tuer des juifs ».

Télécharger la version PDF du rapport sur l'antisémitisme 2018