Analyse du rapport sur l’antisémitisme 2017

En 2017 ont été recensés en Suisse alémanique 39 incidents antisémites, auxquels s’ajoutent, postés sur Internet, d’innombrables propos incitant à la haine des juifs. Les incidents les plus graves sont trois cas de violences physiques à l’encontre de juifs ainsi que le déploiement de trois banderoles nazies au-dessus d’une autoroute.

En 2017 ont été recensés en Suisse alémanique 39 incidents antisémites hors Internet. Il s’agit pour l’essentiel de cas signalés au service compétent de la FSCI ou rapportés par la presse. L’analyse comprend également les commentaires relevés dans des journaux en ligne ainsi que les cas postés sur Internet, qui, toutefois, ne sont pas comptabilisés dans le total des incidents. La comparaison avec le nombre de cas recensé selon les mêmes critères les années précédentes [66 incidents en 2014 ; 15 en 2015 ; 25 en 2016] fait apparaître une recrudescence des cas hors Internet. On ne peut toutefois conclure de l’augmentation des incidents antisémites constatée en 2017 à un accroissement correspondant de ces derniers, ceci dans la mesure où les variations peuvent également s’expliquer par un empressement plus ou moins grand à les signaler. Selon une étude de l’Agence européenne des droits fondamentaux (FRA) réalisée en 2013, le taux des incidents antisémites non signalés atteindrait jusqu’à 70 pour cent.

Contrairement aux incidents antisémites, par moments très sensibles aux événements politiques se produisant en Suisse et à l’étranger, l’attitude générale que les Suissesses et les Suisses ont à l’égard des juifs ne varie guère. Selon l’étude publiée en 2017 par l’Office fédéral de la statistique, jusqu’à 12 pour cent des personnes interrogées ont fait état de sentiments hostiles et négatifs à leur endroit.

Exemples d’incidents

Fin janvier, le président d'une communauté israélite reçoit un colis anonyme contenant des excréments.  

En juin, un article de journal révèle qu’une boutique de produits ésotériques de Zurich propose des livres antisémites. Bien qu’ayant demandé si cela était permis, le journaliste auteur de l’article en ressort avec l’édition non commentée du Mein Kampf de Hitler.

En juin se produit à Zurich une grave agression avec violence. En soirée, un groupe de jeunes fait du tapage de rue. Un passant leur enjoint poliment de se calmer et de rentrer chez eux. Les jeunes aussitôt l’encerclent. Un homme clairement reconnaissable comme juif s’interpose pour aider le passant. Les jeunes l’injurient et le traitent de « sale juif ». Blessé à la tête, l’homme est jeté à terre par quatre jeunes et frappé à coups de poing et de pied. Un autre passant alerte la police. Quand ils entendent la sirène de la voiture de police, les jeunes prennent la fuite.

En juillet, plusieurs médias rapportent que des banderoles antisémites ont été déployées au-dessus de trois ponts autoroutiers du canton de Schwyz en direction de Zurich. L’une avec une croix gammée, une autre avec la phrase « I love Hitler » et la troisième invitant à « Tuer les juifs ».

À la mi-août, se produit à Zurich une deuxième agression grave. Une femme couvre d’injures antisémites un rabbin qui se promène le long du lac avec sa famille et s’en prend physiquement à lui.

Des cas très médiatisés

Leur complexité et leur retentissement médiatique obligent à considérer séparément les deux cas suivants. À Arosa, un hôtel exige des juifs, et d’eux seuls, qu’ils prennent une douche avant de se baigner dans la piscine de l’établissement. Dans l’autre cas, un parlementaire compare le transport des porcs avec les déportations de juifs de la Seconde Guerre mondiale. Dans l’un et l’autre cas, les auteurs ont reconnus avoir agi de manière irréfléchie en s’en sont promptement excusés. À la suite de ces incidents des programmes de prévention ont été proposés, auxquels les parties concernées ont fini par accepter de participer. Les deux cas relèvent d’une grave absence de sensibilité qui, par sa résonance, a eu pour effet connexe de susciter des ressentiments antisémites. Ce phénomène, amplement repris et commenté par toute la presse du pays, montre que la banalisation et l’instrumentalisation de la Shoah ou d’autres génocides n’ont pas leur place dans le débat politique et que ni la Shoah ni d’autres génocides ne doivent être utilisés à cette fin. Politiciennes et politiciens ont à cet égard un devoir d’exemplarité qu’ils doivent avoir à l’esprit, quelle que soit l’ardeur de la vie politique.

Courriers antisémites

Comme les années précédentes, des institutions juives ont reçu en 2017, par la poste ou par courrier électronique, des messages de haine parmi lesquels un colis contenant des excréments (voir ci-dessus), mais aussi des menaces, des accusations, des insultes et un tissu d’insanités dont les auteurs, confondant souvent juifs et Israéliens, ignorent apparemment que les juifs suisses n’ont aucune influence sur la politique d’Israël.

L’antisémitisme sur Internet

En 2017 ont été recensés et analysés près de 90 cas de propos antisémites diffusés sur Internet. Ce chiffre comprend des incidents qui nous ont été signalés ou que nous avons nous-mêmes relevés sur des sites, sur des pages de commentaires de médias en ligne ou sur des médias sociaux. Plus du tiers des incidents répertoriés sont des propos de haine des juifs trouvés dans la fonction commentaire de médias en ligne alémaniques, parus impunément malgré l’existence de certains systèmes de filtrage. Tous les autres incidents proviennent des médias sociaux.

Comme l’a montré leur forte augmentation en 2014, les incitations à la haine des juifs propagées sur Internet sont souvent influencées par des événements de politique intérieure ou étrangère et, plus particulièrement, par des faits ayant trait au conflit israélo-palestinien. En 2017, ces incitations ont surtout été alimentées par le débat sur une possible interdiction des importations de viande cashères et la décision du président des États-Unis Donald Trump concernant Jérusalem.

Indications sur le profil des auteurs  

Bien que les internautes d’extrême droite aient été particulièrement peu nombreux à signer de leur nom les messages qu’ils postaient ces dernières années sur Internet, on a observé, en 2017, une augmentation des messages de haine propagés sous le vrai nom de leurs auteurs, ce qui laisse entendre que ceux-ci les estiment de plus en plus acceptables et convenables.

On note par ailleurs que l’âge des utilisateurs de réseaux sociaux du type Facebook se situe, pour une grande partie d’entre eux, entre 15 et 30 ans. Quant aux messages de haine faisant référence au conflit entre Israël et les Palestiniens, ils émanent d’auteurs dont les profils montrent qu’ils appartiennent majoritairement au monde musulman. Et, étant eux aussi toujours plus nombreux à ne plus anonymiser leur profil, la tendance évoquée ci-dessus a également pu être observée parmi eux.

Niveau de danger actuel et protection de la communauté juive

Comme le montrent très clairement et irréfutablement deux rapports, celui du Service de renseignement de la Confédération et celui sur les mesures prises par la Confédération pour lutter contre l’antisémitisme en Suisse, le racisme et l’antisémitisme continuent de poser en Suisse un problème sérieux. La menace qui y pèse sur les juifs reste aiguë. Le rapport sur les mesures prises par la Confédération est le premier à reconnaître la protection de la communauté juive comme « une tâche d’envergure nationale ».

Plus loin, ce même rapport ajoute : « Les personnes juives ou israéliennes vivant sur son territoire sont tout particulièrement exposées au terrorisme djihadiste. Le Service de renseignement de la Confédération évalue en permanence la menace pesant sur les infrastructures et les collectivités juives de Suisse. Il estime que les attentats terroristes qu’a connus l’Europe sont susceptibles de faire des émules, ce qui signifie que la menace peut encore s’accroître temporairement pour de telles cibles et que, en raison du caractère actuellement tendu de la situation au Proche-Orient et au Moyen-Orient, la menace djihadiste reste de toute façon d’actualité. »

Conclusion

En 2017, le nombre des incidents antisémites recensés a également augmenté en Suisse alémanique par rapport à l’année précédente. Menaces, voies de fait et courriers antisémites n’ont pas cessé. Internet, en particulier, sert de plus en plus souvent de véhicule aux auteurs de messages de haine. S’enhardissant peu à peu, leurs auteurs sont toujours plus nombreux à sévir à visage découvert. Des médias sociaux tels que Facebook, YouTube et Twitter, tout comme les blogs et les pages de commentaires des journaux en ligne, offrent au racisme et à l’antisémitisme une plateforme publique.

Definition:

La recherche connaît plusieurs définitions différentes de l’antisémitisme. La définition de travail ci-dessous, de l’Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes (définition de travail de l’EUMC, aujourd’hui: FRA) a été reprise au cours des dernières années par presque toutes les associations juives et ONG d’Europe, et c’est aussi celle qui est utilisée dans ce rapport: 

« L’antisémitisme est une certaine perception des Juifs qu’on peut qualifier de judéophobie. Les manifestations morales ou physiques d’antisémitisme sont dirigées contre des individus, juifs ou non, et/ou contre leurs biens, contre les institutions des communautés juives en général et les institutions religieuses en particulier. »

A cette définition, l’EUMC ajoute les explications suivantes :

« L’antisémitisme accuse fréquemment les Juifs de conspirer pour nuire à l’humanité, et est souvent utilisé pour blâmer les Juifs comme étant la raison pour laquelle « les choses vont mal ». Il est exprimé oralement, par écrit, sous des formes visuelles, ainsi que par l’action, et emploie de sinistres stéréotypes et des traits de caractère négatifs. »

L’EUMC clarifie également la différence entre critique (légitime) d’Israël et antisémitisme

Les mesures:

La GRA et la FSCI s’engagent avec détermination pour une application adéquate de la norme pénale contre le racisme. Plus de vingt fois elles ont porté plainte durant l’été 2014 contre des personnes qui avaient soit menacé soit insulté violemment des juifs. La norme pénale contre le racisme doit être utilisée avec discernement; porter plainte n’est pas toujours la meilleure solution. Lorsqu’il s’agit de plaisanteries de mauvais goût ou de déclarations politiques ambiguës, le dialogue est souvent plus judicieux que la dénonciation.

Mais la GRA et la FSCI se consacrent tout autant à l’information et à la prévention. Elles s’engagent depuis de nombreuses années en faveur du projet de NCBI « Respect – surmonter ensemble l’islamophobie et la judéophobie ». Dans le cadre du projet „Likrat“ de la FSCI, de jeunes juives et juifs effectuent en outre des visites dans des écoles. Ces rencontres d’égal à égal ont pour but de transmettre des informations sur le judaïsme et de lutter contre les préjugés. La FSCI et la Plateforme des Juifs Libéraux de Suisse PJLSorganisent des voyages d’études pour enseignant-e-s à Auschwitz. La GRA et la loge Augustin Keller soutiennent des voyages d’élèves à Auschwitz pour autant qu’une réflexion approfondie sur les mécanismes d’exclusion ait été menée avec les élèves et que les aspects historiques, didactiques et pédagogiques du voyage aient été préparés avec soin (« contexte peacemaking »).

Ces organismes estiment qu’il est de la plus haute importance que soient inculquées aux enfants et aux adolescents des compétences médiatiques et que l’école leur apprenne le plus tôt possible à se servir des réseaux sociaux, à trier les informations qui circulent sur Internet et à comprendre que la toile n’est pas un espace de non-droit. Initiée par le Conseil de l’Europe, faite par des jeunes pour les jeunes, la campagne „No Hate Speech“ constitue un premier pas dans cette direction. Créée à l’initiative de jeunes activistes musulmans et juifs engagés, la Muslim Jewish Conference fait de son côté un travail très important de lutte contre les préjugés intercommunautaires et la discrimination.